Femmes noires et crise identitaire ; l’acteur Chris Rock dévoile son documentaire

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Société

« Mais qui vous a appris à vous détester ?», s’offusqua un des leaders énigmatiques de l’émancipation du peuple noir, Malcom X. Une question qui jusqu’à lors, raisonne dans la pensée collective d’un peuple subissant les revers des siècles de traite négrière et de forte répression.
Victime des codes de l’idéologie des suprémacistes blancs, bien ancrée dans notre société occidentale et colonisée, l’Homme noir vit perpétuellement dans un mépris persistant de sa propre personne. Ras-le-bol, les mouvements civiques et révolutionnaires de libération, Black Panthers ou Black Power par exemple, opérèrent massivement des actions d’opposition contre l’oppression d’un gouvernement aux idéologies discriminantes, dans les années 60. Leur but ; combattre la société élitiste blanche répressive, en affirmant leur histoire ancestrale, culturelle et identitaire. Ce combat s’étendit jusqu’en Afrique puis dans le monde entier. Point levé et coupe afro bien peignée furent donc le symbole emblématique de ces activistes, qui marquèrent l’histoire.

Des années plus tard la lutte continue, sous une autre forme

Fort est de constater que la réalité de la souffrance de la communauté Noire demeure principalement dans les effluves des stéréotypes. La plus déconcertante étant l’universalité de ce statut d’infériorité sur le plan intellectuel, moral et physique. Pire encore, lorsque son passé historique, tout aussi douloureux et complexe que pharaonique, n’est pas reconnu. Se levèrent alors des Hommes courageux, pour faire reconnaître l’identité de l’Homme noir. De Martin Luther King en passant par Thomas Sankara, puis Aimé Césaire, nous comptons en nombre les grands noms de la lutte pour la défense du peuple Noir. Bon nombre sont à l’œuvre dans notre pays, mais nous citerons le farouche militant et leader d’un mouvement panafricain, Kemi Séba.

Malgré la culture et la mondialisation jouant un rôle de communion entre les peuples, le constat reste le même ; l’Homme noir se heurte continuellement aux barrières liées principalement à ses caractéristiques physiques, son origine ethnique ou ancestrale. Et ce sont les femmes qui en payent le prix fort. Les secteurs qui le manifestent explicitement sont bien entendu, l’industrie de la mode, de la beauté, du luxe, des médias, et du septième art, en particulier. Sans compter les milieux politiques et professionnels, où la sélection d’élus et employés au faciès serait presque une loi en vigueur. Toutefois s’ils semblent s’ouvrir tout doucement aux différences ethniques, la majorité de ces secteurs s’oppose au port des cheveux afro par exemple. Et cela s’étend jusque dans la conscience collective.
En effet, certaines personnalités noires Françaises, sont victimes de brimades. La journaliste Audrey Pulvar par exemple, avait fait les frais des consciences rétrogrades en 2012, après avoir été prise en photo les cheveux non lissés. Pire encore lorsque de grandes marques de beauté et cosmétique, favorisent la discrimination ethnique. Récemment, la marque Dove créa l’indignation suite au message jugé raciste de sa campagne publicitaire, dans laquelle elle illustra une femme noire à la chevelure crépue devenant blanche aux cheveux lisses, après utilisation de son gel douche.

La femme noire éternelle complexée ? Chris Rock élucide la question

Le mouvement Nappy, un mouvement identitaire afro-américain qui consiste à conserver ses cheveux naturels, a du fil à retordre malgré son influence. Apparu dans les années 2000, il mit près de 7 ans pour gagner la France, plus encore pour atteindre l’Afrique. Le combat des adeptes s’engage dans la lutte pour un changement de regard sur le cheveu crépu. Mais hormis le dédain d’une partie de la communauté blanche à l’égard du cheveu afro, ils retrouvent en obstacle de nombreuses femmes noires. Esclaves d’un système de pensée commune, qui prétend que les cheveux crépus ne sont pas jolis, pire encore, pas présentables. Le révèle ce documentaire de l’acteur Chris Rock qui au passage, donna la parole à ces consommatrices, et enquêta sur le juteux commerce du cheveu.

C’était ce que je considérais comme de bons cheveux, des cheveux de blanches !

Promus par les grandes stars américaines dont la pionnière demeure Beyoncé, suivie de Rihanna, ou Nicky Minaj, les rajouts capillaires envahissent le marché. De types indien, brésilien, chinois etc., chacun d’eux, d’origine synthétique, naturelle ou les deux mélangés, possède une qualité jugée sur sa fluidité, son aspect lisse et le traitement reçu. Cependant, plus le cheveu est naturel donc de provenance humaine, plus les prix s’envolent. « Je te dis ces prix peuvent aller très haut, un de ces trucs-là peut monter à 5000 dollars ». À ce prix justifiant sa qualité supérieure, certaines acheteuses interrogées dans ce reportage, avoueraient investir plus de 10 000 voire 150 000 dollars par an. Un véritable investissement qui interroge la gente masculine, pas très à l’aise avec ces rajouts sur la tête de leurs conjointes.

Plus encore, nous observons des scènes bien connues du grand public, la pratique religieuse nommée Tonsure entre autres. Pratiquée en Inde, elle consiste à se raser la tête, signe de don de soi, pour obtenir faveur des dieux. Ces tonnes de cheveux destinés à être brulés, sont alors récupérées depuis les années 40 par des commerciaux de cheveux vierges Coréens. Traités, triés, ils sont infiltrés dans le commerce de la chevelure pesant actuellement des milliards. D’autres usent d’ingéniosité déconcertante, en coupant les cheveux de femmes indiennes pendant une séance au cinéma, ou durant leur sommeil. En cause, la grande demande des consommatrices Afro-Américaines et Africaines, principalement.

Il faut dire que la gent féminine noire ou métisse, n’est la seule victime de ce dicta de la beauté. Adeptes des rajouts capillaires, lissages chimiques et produits blanchissant la peau, les consommatrices asiatiques, indiennes et maghrébines en sont également dépendantes. Il va sans dire que la beauté occidentale victime de son succès, est à ce jour prise au piège de ce phénomène de mode sociale. En d’autres termes, les femmes de toutes origines, pour des besoins esthétiques ou médicaux, ont une fois toute ou plus, eu recours aux extensions et tissages ou au port de perruques; pour une chevelure plus longue ou plus fournie et éclatante.

Nous assistons par ailleurs à un remodelage de beauté féminine et masculine, imposé par les personnalités médiatiques. Ces derniers poussent toujours plus loin les codes de la séduction par l’apparence physique. En plus des faux cheveux, se rajoutent les faux ongles, faux cils, prothèses pour donner du volume à nos atouts naturels, etc., afin de paraître plus attrayants, selon les codes de ce monde. Il est même raconté que certaines femmes quitteraient leurs compagnons, qu’elles jugent peu attentifs à leurs besoins esthétiques. Toutefois si ce monde en décadence s’évertue à glorifier le corps par le respect de la beauté unique pour tous, sachons-le chers lecteurs, notre créateur lui nous créa parfaits selon son jugement et à son image. Mieux encore, il nous enseigne de ne point regarder à l’apparat [1 Samuel 16 v.7]. Car l’acceptation de soi se joue tout d’abord au niveau de l’état de notre cœur, de notre estime de soi.

« Je te loue de ce que je suis une créature si merveilleuse. Tes œuvres sont admirables, Et mon âme le reconnaît bien. Mon corps n'était point caché devant toi, Lorsque j'ai été fait dans un lieu secret, Tissé dans les profondeurs de la terre. Quand je n'étais qu'une masse informe, tes yeux me voyaient; » [Psaume 139 v.14-16 - La Bible].
Nous sommes des créatures façonnées par Dieu. Chacune avec sa diversité physique témoigne de l’étendue créative et indéfinie de l’Éternel. Mais encore, de son refus de restreindre sa création à une beauté unique, comme le témoigne même la diversité de la nature. Hélas l’histoire des civilisations jonchées de conquêtes et d’injustices, créèrent des divisions et des croyances erronées entre les Hommes.
Crise identitaire, manque de confiance en soi, ou besoin de plaire, seul Dieu peut nous rendre notre amour propre. Afin de vivre libres et heureux comme il le conçoit, hors des dictas emprisonnants de notre société.

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Wissa KOLOLO

Artistes Press

Journaliste, 🎶 Chantre, Auteur, Maquilleuse, Styliste/Modéliste & Couturière, Conseillère en Image👗📸 ~ Entrepreneuse

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